Plus de protéine brute ne signifie pas plus de protéines du lait
Lorsque la protéine du lait diminue, ajouter des aliments protéiques peut accroître les pertes d’azote avant d’améliorer les résultats du réservoir.

Courtoisie de BarnX
Un raccourci qui peut coûter cher
Lorsque la protéine du lait baisse, le premier réflexe consiste souvent à ajouter du tourteau de soya, du tourteau de canola ou un autre ingrédient riche en protéines. Cette correction est parfois justifiée. Toutefois, la protéine brute représente surtout un inventaire de l’azote alimentaire; elle ne mesure pas directement les acides aminés disponibles pour fabriquer les protéines du lait.
Les National Academies définissent la protéine brute comme l’azote multiplié par 6,25. Elles recommandent plutôt d’évaluer les protéines métabolisables et les acides aminés absorbés, car les aliments diffèrent par leur dégradation ruminale, leur digestibilité intestinale et leur profil d’acides aminés.
Avant que la protéine alimentaire devienne protéine du lait
La vache obtient ses protéines métabolisables de deux sources principales :
- Les protéines microbiennes, fabriquées lorsque les microorganismes du rumen captent l’azote dégradable en fermentant l’amidon, la fibre et d’autres glucides.
- Les protéines non dégradées dans le rumen et digestibles, soit la fraction qui échappe au rumen et qui est digérée dans l’intestin.
Les acides aminés absorbés exigent aussi assez d’énergie et un équilibre adéquat. Lorsque l’apport dépasse la capacité d’utilisation de la vache, l’azote excédentaire est transformé en urée puis excrété. Une hausse de protéine peut donc augmenter l’azote uréique du lait et l’azote urinaire sans améliorer les protéines du lait.
La protéine brute ne peut donc pas, à elle seule, identifier le véritable facteur limitant.
Une étude montre le plafonnement de la réponse
Dans une étude menée auprès de 40 vaches Holstein en lactation, les chercheurs ont distribué des rations contenant 13,5 %, 15,0 %, 16,5 %, 17,9 % ou 19,4 % de protéine brute sur une base de matière sèche. L’ingestion n’a pas changé significativement. À 16,5 % de protéine brute, les productions de lait et de protéines du lait atteignaient respectivement 38,3 kg et 1,18 kg par jour. Dans les conditions de cette étude, dépasser 16,5 % n’a augmenté ni l’une ni l’autre.
Lorsque la protéine brute est passée de 13,5 % à 19,4 %, la proportion de l’azote ingéré excrétée dans l’urine est passée de 23,8 % à 36,2 %. La proportion captée dans le lait a diminué de 36,5 % à 25,4 %.
Cela ne fait pas de 16,5 % une cible universelle. Les conditions étaient propres à l’étude. Le résultat montre plutôt qu’une fois l’apport utilisable suffisant, la protéine brute supplémentaire peut devenir une perte.
L’énergie fait partie de la réponse
Une méta-analyse publiée en 2024 a montré que la prédiction des protéines du lait s’améliorait lorsque les acides aminés absorbés et l’énergie digérée étaient considérés ensemble. Ce point est important lorsque la protéine brute semble adéquate, mais que l’ingestion, la digestibilité des fourrages ou la disponibilité de l’amidon est insuffisante.
Sans substrat fermentescible, les microorganismes captent mal l’azote ruminal. Lorsque l’énergie manque, la glande mammaire utilise aussi moins bien les acides aminés. Acheter plus de protéines risque alors de corriger le rapport de ration plutôt que la vache.
Un calcul simple
Pour des vaches consommant 23,5 kg de matière sèche :
- À 16,5 % de PB : environ 3,88 kg de PB par jour.
- À 18,0 % de PB : environ 4,23 kg de PB par jour.
- Différence : 353 g de PB, soit environ 56 g d’azote supplémentaire par vache par jour.
La conversion de cet azote en protéines du lait dépend du facteur qui limitait la production. Si l’énergie, la croissance microbienne, la digestibilité, l’équilibre des acides aminés ou l’ingestion demeure limitant, une grande partie peut être éliminée dans l’urine.
À retenir à la ferme : enquêter avant d’ajouter de la protéine
Avant d’augmenter la protéine brute, vérifiez :
- Le rendement quotidien en protéines du lait, et non seulement le pourcentage.
- L’ingestion réelle et la conformité de la ration distribuée.
- Les changements de fourrages, d’humidité, de tri et de livraison.
- Les protéines dégradables dans le rumen par rapport aux glucides fermentescibles.
- Les protéines métabolisables et les acides aminés individuels.
- L’azote uréique du lait comme indice complémentaire, non comme prescription unique.
- La valeur attendue du lait supplémentaire par rapport au coût ajouté.
La bonne question n’est pas « Comment augmenter la protéine brute? », mais « Quel nutriment utilisable limite actuellement la production de protéines du lait? »
Une hausse de protéine peut être la bonne correction, mais seulement après avoir identifié la limite. Il faut commencer par la vache, l’ingestion réelle et l’ensemble des nutriments disponibles, et non par un seul pourcentage sur la feuille de ration.



