Davantage de maïs, mais des prix plus élevés : ce que les meuneries canadiennes doivent surveiller en 2026-2027
Le Canada pourrait disposer de davantage de maïs au cours de la prochaine campagne agricole, mais une offre plus abondante n’éliminera pas les risques liés aux prix, au transport et à la planification.

Courtoisie de BarnX
Les dernières perspectives agricoles canadiennes transmettent deux messages qui peuvent sembler contradictoires : le Canada devrait disposer de davantage de maïs en 2026-2027, mais les prix de référence pourraient tout de même augmenter.
Il ne s’agit pas réellement d’une contradiction. C’est plutôt un rappel qu’une meunerie n’achète pas une statistique de production nationale. Elle achète du grain à un endroit et à un moment précis, avec une base locale, des coûts de transport, une qualité donnée, une capacité d’entreposage limitée et des engagements envers ses clients.
Une offre canadienne de maïs plus importante
Agriculture et Agroalimentaire Canada estime que les producteurs ont ensemencé 1,604 million d’hectares de maïs en 2026, soit une hausse de 5 % par rapport à l’année précédente et la plus grande superficie jamais enregistrée. Si les rendements prévus se concrétisent, la production devrait atteindre 16,4 millions de tonnes.
En ajoutant les stocks de début de campagne et les importations, l’offre canadienne totale de maïs pourrait atteindre 20,4 millions de tonnes, soit le deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré. L’utilisation pour l’alimentation animale, les pertes et les impuretés devrait atteindre 9,9 millions de tonnes, comparativement à 9,284 millions de tonnes en 2025-2026.
Cependant, Agriculture et Agroalimentaire Canada prévoit également un prix du maïs à Chatham de 240 $ la tonne, soit 10 $ de plus que l’année précédente. Le rapport attribue principalement cette hausse au raffermissement des prix du maïs aux États-Unis. Les perspectives de juillet de l’USDA prévoient une production américaine de céréales fourragères de 420,1 millions de tonnes. Il s’agirait de la deuxième récolte en importance jamais enregistrée, mais elle demeurerait inférieure de 6 % à celle de l’année précédente.
Une plus grande quantité de grain au Canada ne signifie pas automatiquement un grain moins cher rendu à la meunerie.
L’orge indique un marché plus serré
Les superficies canadiennes consacrées à l’orge ont augmenté de 9 %, mais la production devrait reculer de 5 % pour s’établir à 9,2 millions de tonnes, les rendements revenant à des niveaux plus normaux après le record de l’année dernière. L’offre totale d’orge devrait diminuer de 7 % pour atteindre 10,3 millions de tonnes.
Agriculture et Agroalimentaire Canada prévoit un prix de l’orge fourragère à Lethbridge de 295 $ la tonne, également en hausse de 10 $ par rapport à l’année précédente. Les meuneries pourraient donc faire face à une évolution du rapport de prix entre le maïs, l’orge et les autres ingrédients énergétiques, plutôt qu’à une baisse générale du coût des céréales fourragères.
| Prévisions 2026-2027 | Maïs | Orge |
|---|---|---|
| Production canadienne | 16,4 Mt | 9,2 Mt |
| Offre totale | 20,4 Mt | 10,3 Mt |
| Évolution de l’offre | En hausse | En baisse de 7 % |
| Prix de référence | 240 $/t à Chatham | 295 $/t à Lethbridge |
| Variation du prix | +10 $/t | +10 $/t |
Les conséquences opérationnelles
La réponse la plus évidente à l’évolution du prix des ingrédients consiste à reformuler les aliments. Cette décision peut être justifiée sur les plans nutritionnel et financier, mais le coût de l’ingrédient ne constitue que la première partie de l’analyse.
Une modification importante de l’utilisation du maïs ou de l’orge peut changer les horaires de réception, les besoins d’entreposage, la rotation des stocks, les exigences de mouture, l’ordre des lots de production et les caractéristiques des aliments finis. Elle peut également avoir une incidence sur les produits déjà promis aux clients.
Si les équipes responsables de l’approvisionnement, de la nutrition, de la production et de la répartition travaillent à partir d’hypothèses différentes, une économie réalisée dans la formule peut créer des coûts ailleurs dans l’exploitation.
La réponse pratique consiste à préparer plusieurs scénarios :
- Un scénario de base fondé sur les prévisions actuelles de récolte et de prix.
- Un scénario plus serré tenant compte de rendements plus faibles, d’exportations plus importantes ou d’une base locale plus élevée.
- Un scénario logistique couvrant les retards de livraison, le manque d’espace d’entreposage ou les perturbations du transport.
Ces scénarios n’ont pas besoin de prédire parfaitement le marché. Ils doivent permettre de déterminer quelles formules, quels ingrédients, quels silos, quelles séquences de production et quelles livraisons aux clients seraient touchés en premier.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Les prévisions demeurent tributaires des conditions météorologiques. Agriculture et Agroalimentaire Canada souligne notamment l’incertitude causée par l’excès d’humidité dans certaines régions de l’Ouest canadien. La prochaine mise à jour des perspectives des principales grandes cultures est prévue pour le 20 août.
D’ici là, les meuneries devraient suivre l’état des cultures, les bases régionales, la valeur du dollar canadien, la demande à l’exportation, la disponibilité du transport et la qualité réelle de la récolte.
La question utile n’est pas simplement de savoir si le Canada produira davantage de maïs. Il faut plutôt déterminer si la meunerie peut transformer l’évolution du marché des grains en décisions coordonnées d’approvisionnement, de production et de livraison.



